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Des
murs de Marseille
à la tour de TF1
à Boulogne,
Zidane
s'affiche. En grand, et sans doute plus que n'importe quel
autre de ses co-équipiers,
car il est un symbole. Son talent de créateur n'y
est évidemment pas étranger. Mais si l'enfant
de Kabylie
s'expose de la sorte, c'est aussi qu'il incarne au mieux,
dans sa version moderne
'beur' le modèle français de la nation:
un pays qui
s'est bâti au
fil d'immigrations successives selon la règle
de l'intégration. «La sélection nationale
peut même être considérée comme
l'un des plus beaux exemples de la réussite globale
de l'assimilation républicaine.
L'histoire du football français a toujours été
le reflet
fidèle de la fameuse "machine à assimiler"
qu'est la République»,
écrit Albrecht Sonntag, enseignant à l'Ecole
Supérieure de Commerce du
Havre, dans le livre de Pascal Boniface (Géopolitique
du football).
S'il
est le
reflet des années 90 en donnant à l'équipe
de France sa saveur méditerranéenne, Zidane
n'est qu'un ingrédient parmi d'autres du mélange
français. Djorkaeff et Boghossian rappellent l'époque
de l'immigration arménienne, Viera et Desailly les
relations d'antan avec l'Afrique noire, et Lama, Karembeu
ou Thuram les liens maintenus avec les DOM-TOM
d'aujourd'hui. Et nombre d'entre eux illustrent si bien
cette génération que l'on a coutume de qualifier
de «seconde» qu'ils
ont vu le jour à Marseille,
Lyon, Digne ou Paris. Né dans l'Ariège,
Fabien Barthez a grandi, lui, dans les bras d'une grand-mère
espagnole. Comme Bixente Lizarazu.**
Contesté
voire
combattu par certaines formations
politiques, en
panne dans de nombreux secteurs de la vie sociale, le
moteur français de l'intégration continue
de tourner à
plein régime dans le sport en général,
et le football en particulier. Sans
l'ombre d'un raté depuis
des décennies.
Jean-Marie Le Pen en a
fait les frais pendant l'Euro
1996. Jugeant «artificiel de faire venir des joueurs
de l'étranger et de les baptiser équipe de
France»,
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le leader d'extrême droite s'était
heurté à un
tollé général et à l'incompréhension
de
ses propres troupes.
Dès
les années 30, l'équipe de France avait déjà
ses «Italiens», les Di Lorto et autres Zatelli,
«ritals» si mal accueillis dans
la vie quotidienne mais titulaires
à part entière sur le
terrain. Une filière
jamais épuisée,
de Piantoni dans les années 50 à Platini trente
ans plus tard.
Avant-guerre également, Larbi Ben Barek ouvrit
la voie aux joueurs venus d'outre-Méditerranée.
L'épopée
de la Coupe du monde 1958 en Suède fut celle des
fils de mineurs polonais,
de Raymond Kopaszewski, dit Kopa, à Maryan Wisnieski
; celles de 1982 et 1986 furent signées Marius Trésor,
Manuel Amoros, Luis Fernandez et autres...
Traditionnel
en France, ce creuset
n'a guère d'égal en Europe, à l'exception
peut-être des Pays-Bas qui de Ruud Gulit à
Clarence Seedorf alignent depuis une quinzaine d'années
une imposante force
de frappe d'origine surinamienne.
«Le
football [...] est l'image de la composition ethnique d'une
nation. Il est le reflet assez fidèle de la politique
de colonisation, d'immigration et de nationalité»
menée par chaque pays depuis le XIXe siècle,
souligne Albrecht Sonntag qui poursuit: «Le jour où
l'équipe allemande alignera davantage de joueurs
à patronyme turc, yougoslave, italien ou grec, la
République fédérale aura eu le courage
de
tirer un trait sur sa législation anachronique
fondée sur le
droit du sang.» Si c'est le
droit du sol qui distingue la France de sa voisine d'outre-Rhin,
c'est la logique d'intégration qui la différencie
du Royaume-Uni
imprégné de
communautarisme. Résultat, les footballeurs noirs
demeurent peu nombreux au
sein du onze
anglais. Aussi rares que les joueurs d'origine pakistanaise
ou indienne dans l'équipe... de cricket.
Renaud
Dely et Paul Quinio - Le 10 juin 1998.
©Libération
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