La marche des femmes, avant d'arriver à son terme à Paris,
le 8 mars, pour la journée de la femme, aura parcouru vingt-cinq
villes de province avec partout des débats. Ingrid, une des marcheuses,
explique l'intitulé de la pétition « Ni putes ni
soumises ! » II s'agit de « dénoncer l'attitude
des jeunes des quartiers qui, de plus en plus, stigmatisent les jeunes
filles, les insultent quand elles assument leur féminité
et ne les tolèrent que si elles se comportent en femmes soumises
qui restent à la maison, »
Orchestrée par la Fédération nationale des maisons
des potes, la marche des femmes a débuté le 1er février
2003 devant le local à poubelles où Sohane, en octobre
dernier, a été arrosée d'essence et brûlée
par un garçon de sa cité. On a déposé sur
l'herbe un rectangle de roses blanches. « Ma sur a été
exécutée comme sont exécutées les femmes
en Afghanistan », a dit la jeune Kahena. Elle a pris à
témoin la société tout entière, invoqué
les institutions de la République et supplié les parents
d'élever les filles et les garçons comme des égaux.
Dans les quartiers, les familles issues de l'immigration sont souvent
passées totalement à côté des mouvements
féministes. « Ici, le temps s'est figé et les
pratiques se sont enkystées, explique Oumi. Les femmes qui ne
sont pas retournées au pays depuis très longtemps craignent
de ne plus être acceptées si elles changent leurs habitudes.
Alors, paradoxalement, tout est beaucoup plus vieux jeu ici qu'au village.
En fait, là-bas, tout a évolué. Les jeunes qui
voyagent sont très étonnées que l'on soit moins
libre ici. » Selon Ingrid, « le retour aux traditions
machistes et la crise économique vont de pair. Quand on se sent
rejeté, on s'arc-boute sur les traditions. En période
de crise, le retour au passé est sécurisant, c'est quelque
chose de connu, entre un présent très difficile et un
futur qui fait peur. »
II faudrait faire la part de ce qui relève de la régression
générale de la condition féminine et de ce qui
tient de la problématique particulière aux filles issues
de l'immigration. Mais il reste que les violences faites aux filles
constituent un indicateur de l'évolution de l'intégration.
A l'heure actuelle, des phénomènes alarmants sont réapparus
ou ont augmenté, comme le mariage forcé, le contrôle
de la virginité, le crime d'honneur, les violences verbales ou
physiques envers les filles, ou encore les freins physiques et psychologiques
à leur insertion profession-nelle.
«Il est significatif que la victime du viol collectif (tournante)
soit d'ordinaire une fille étrangère au quartier ou bien
une fille qui n'a pas de frère pour la protéger, donc
sans existence propre », exprime Saadia. « Parmi
nos revendications politiques, nous demandons une vraie éducation
sexuelle faite par l'Education nationale : ici les jeunes ne connaissent
la sexualité que par la pornographie. Le corps est partout à
la télévision mais le tabou sur la sexualité est
total dans les familles. » Ingrid résume la volonté
commune des filles des quartiers:« II faut éduquer au
respect de l'autre, cela fait partie de l'instruction civique. »
Laure Koblenz (mars 2003)