Introduction à Birago Diop

 

Who's Who in African Literature

 

Puisant dans les richesses d'expression, d'émotion et d'expérience des deux mondes qu'il connaît, la France et l'Afrique, Birago Diop emploie la langue de l'un pour révéler la beauté, le mystère et la vie profonde de l'autre. Né au Sénégal en 1906, il étudia à l'université de Toulouse avant de retourner travailler en Afrique comme officier vétérinaire dans l'emploi du gouvernement colonial. Se révoltant contre ce qu'on appelait «la mission civilisatrice de la France», ce Sénégalais recherche ses racines et la source de sa puissance créatrice dans les croyances, les coutumes et les valeurs de son continent natal. Écrivant en français (voilà le paradoxe de tout Africain voulant communiquer par l'écriture!), Diop préserve et recrée à la fois une partie très belle de la tradition africaine. Il est surtout connu comme conteur: Les Contes d'Amadou Koumba (1947), Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba (1958), Contes et Lavanes (1963); mais il a publié aussi des poèmes: Leurres et Lueurs (1960).

 

Les contes de Birago Diop ont leur origine dans la tradition orale de l'Afrique. Récitées rituellement à un groupe la nuit par un conteur souvent professionnel, un griot, les histoires folkloriques furent répétés par les gens qui les écoutaient. Pendant la cérémonie on interpolait des chansons et des danses. Ainsi tout en servant de divertissement les contes africains remplissaient une fonction didactique: ils enseignaient aux jeunes pendant des veillées émotionnellement impressionnantes les croyances et les valeurs de leurs ancêtres.

 

Dans l'introduction des Contes d'Amadou Koumba, le recueil dont «Sarzan» est tiré, Diop prétend ne faire que traduire et répéter - mais moins bien, dit-il - les vieilles légendes que, jeune, il a entendu réciter par le griot de sa famille, Amadou Koumba. Bien que les éléments traditionnels des contes africains se trouvent dans la collection de Diop (par exemple, le mélange de l'humain, du naturel et du surnaturel; l'animisme de l'univers; le manque de barrière entre la vie et la mort; les animaux avec des personnalités et des faiblesses humaines), le talent particulier de Diop est partout évident dans la richesse cadencée et imagée de sa langue, l'expression poétique de sa vision et la structure dramatique de ses créations. «Sarzan», en effet, fut représenté dans une mise en scène de Lamine Diakhaté.

 

«Sarzan» est l'aventure d'un ancien sergent africain revenu à son village natal. Selon toute probabilité ce conte est la création de Diop et ne doit rien au griot. Dans ce récit on voit l'Afrique de deux points de vue différents: celui de Kéita, le sergent, influencé à un tel degré par les Français qu'il veut se révolter contre sa culture natale pour «civiliser» les «sauvages» africains; et celui du narrateur qui, aimant les traditions indigènes, emploie une ironie mordante pour se moquer des valeurs de la «civilisation» européenne. Dès le commencement du conte, on apprend que les indigènes tiennent beaucoup à leurs croyances. L'emprise de leur religion se révèle à travers le récit pour culminer dans deux poèmes, chants musicaux maintenant célèbres en dehors de ce conte où l'on peut la sentir comme une force surnaturelle. Alors que le premier poème décrit la vie intense de l'univers animé, le second révèle la peur et l'horreur de l'ordre renversé. Ce n'est donc pas seulement par son récit et par ses personnages que Birago Diop saisit son lecteur; c'est aussi, et peut-être surtout, par sa puissance poétique.

BIBLIOGRAPHIE

 

Diop, Birago. Birago Diop, écrivain sénégalais (Textes commentés par Roger Mercier et M. et S. Battestini). Paris: F. Nathan, 1964.

Kesteloot, Lilyan. Les Écrivains noirs de langue française: Naissance d'une littérature. Bruxelles: Institut de Sociologie de l'Université Libre de Bruxelles, 1965.

Senghor, Leopold Sédar. "Préface d'Amadou Koumba à Birago Diop", in Diop, Birago. Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba. Paris: Présence Africaine, 1958.

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